Le vieil homme et la panthère
Avertissement : Ce récit a été recueilli non pas par des natif·ves, mais par Jean Copans et Philippe Couty, deux chercheurs français. Attention aux biais que leur posture implique.
Il était une fois un vieil homme qui avait son champ tout près de chez lui. Il s'y rendait chaque matin et ne manquait pas de le cultiver jusqu'à midi. Dans ce champ se dressait un énorme baobab qui abritait dans une de ses cavités toute une compagnie de pintades. Avant de quitter son travail, le vieux avait pris l'habitude de plonger la main dans la cavité, d'où il tirait deux ou trois pintades qu'il rapportait à sa femme. Tous les jours, il y avait festin dans la maison du paysan. Les gens du village en parlaient avec envie, et ses amis les plus intimes l'interrogeaient sur la source de cette aubaine vraiment imprévisible.
- C'est une trouvaille que Dieu m'a procurée, et je ne saurais en dire davantage !
Sa femme, à la fontaine et au marché, ne parlait que de l'abondance et de la succulence des mets qu'elle préparait. Le vieux continuait à se ravitailler à son trésor inépuisable.
Un jour, il partit au champ plus tôt que d'habitude et travailla jusque vers onze heures. Il se dit alors :
« Ah ! il est temps que j'aille voir mes petites amies ! Sans doute sont-elles lasses de m'attendre ! Je vais juste terminer ce petit coin de champ et m'en aller. »
A l'instant même, une perdrix s'envola et passa près de lui.
« A coup sûr, voici la preuve que mes oiseaux sont impatients. J'y vais ! »
Le voilà donc en route vers le baobab creux. Une panthère, entre-temps, s'était glissée dans ce coin-là et était montée sur l'arbre. Elle était allongée sur une branche, l'œil fixé au sol. Le vieux arriva et, comme d'habitude, plongea la main pour saisir ses proies. Mais, levant la tête, ses yeux rencontrèrent ceux du fauve.
La peur le saisit, il se prit les oreilles et poussa un très long cri :
- C'est... la... panthè... re !
Le cri était si puissant et si déchirant que l'animal foudroyé en tomba raide mort au pied de l'arbre.
Le vieil homme et la panthère dans Contes wolof du Baol (1968), recueillis par Jean Copans et Philippe Couty, d'après une traduction de Ben Khatab Dia, Karthala, Paris, 1988, Partie I, Chapitre 3, p. 64-65.
Site horizon.documentation.ird.fr, consulté le 29 octobre 2025 :
https://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/divers07-10/27124.pdf
Jean Copans est anthropologue et sociologue africaniste, associé à l’IMAF (Institut des mondes africains) et Philippe Couty est chercheur à l'ORSTOM (Office de la recherche scientifique et technique outre-mer). Ils ont adapté les Contes wolof du Baol qu’ils ont recueillis en 1967 à Yassy (Missirah), au Sénégal en s’appuyant sur la traduction de M~ Ben Khatab Dia du C.L.A.D. (Centre de linguistiqué appliquée de Dakar).
Sur les Contes wolof du Baol :
Jean Copans et Philippe Couty, op.cit., avertissement par Philippe Couty, p. 7.
Notice détaillée, sudoc, site www.sudoc.abes.fr, consulté le 29 octobre 2025 :
https://www.sudoc.abes.fr/cbs/DB=2.1//SRCH?IKT=12&TRM=00127466X
Sur Philippe Couty :
Notice biographique, Ed. Chandeigne, site editionschandeigne.fr, consulté le 29 octobre 2025 :
https://editionschandeigne.fr/traducteur/philippe-couty/
Sur Jean Copans :
Notice biographique, IMAF (Institut des mondes africains), site imaf.cnrs.fr, consulté le 29 octobre 2025 :
https://imaf.cnrs.fr/spip.php?article743
"Publication | Jean Copans, L’anthropologue sans cochons", Canthel - Centre d'Anthropologie Culturelle, site canthel.shs.parisdescartes.fr, consulté le 29 octobre 2025 : http://canthel.shs.parisdescartes.fr/publication-jean-copans-lanthropologie-sans-cochons/
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Vous trouverez l’intégralité des Contes wolof du Baol sur horizon.documentation.ird.fr (L’amateur d’œufs ; Le laveur de cadavres; Comment guérir la peur ; Samba de la vallée, Samba de la montagne et Sadinghale ; Un menteur renommé ; La vengeance du lièvre, etc.).
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