Le masque de fibres
Le masque de fibres Zumboa était un paysan de Bondoukuy. Il ne manquait pas, chaque jour, d'aller enlever* des termites en brousse pour nourrir ses poussins. Car Zumboa était très pieux et ne manquait jamais d'avoir suffisamment de volailles pour honorer les génies de la brousse et les interroger. En effet, les gnilê*, veillent sur les récoltes, ont un œil* sur la bonne marche de la vie des maisons et surveillent pour son bien la descendance des premiers défricheurs qu'ils acceptèrent sur leurs terres. Voici l'histoire de Zumboa :
Un matin très tôt, alors qu'il marchait dans l'herbe en recherchant une termitière, un masque* vint à lui. Il était couvert de fibres, sa tête avait une face représentant en même temps plusieurs animaux. Le masque fit trois fois le tour de l'homme qui ne manifesta aucune peur. Au contraire, Zumboa lui dit : « Je vois que tu veux m'habiter*. Si tu tiens à venir avec moi, je reviens demain au point du jour, j'aurai averti mes parents pour qu'on t'accueille dignement. » Le masque approuva la proposition par ses sauts vifs et de grands gestes qui faisaient que sa robe de fibres flottait autour de lui comme un nuage.
Le soir, Zumboa convoqua toute sa parenté et ses neveux. Il leur parla de sa rencontre du matin. Et tous acceptèrent de recevoir le masque.
Le lendemain, Zumboa retrouva le masque et l'informa que sa famille l'acceptait parmi elle. Le masque suivit donc son ami et entra à Bondoukuy : il donna une chèvre au chef de terre et une autre pour ses parents. Enfin, il en donna une troisième pour qu'elle soit sacrifiée au bois sacré du Dô*.
Depuis, ce masque n'a jamais quitté la famille de Zumboa. Les hommes de sa famille l'adorent et le portent lors de chaque grande fête.
L'homme qui porte le masque n'est pas masqué, il est LE masque, son incarnation le temps de la fête. Aujourd'hui, il y a plusieurs masques dans cette famille: chacun a des fibres et chaque figure représente un animal, mais c'est quand même toujours le même masque sous des images sculptées différentes : mais c'est toujours le masque rencontré en brousse par Zumboa qui est là, dansant avec les pas de son fidèle au milieu des villageois en fête. Dimbo, de la famille de Zumboa, releva* la maison de Zumboa longtemps après sa mort. Il retrouva les statuettes de fer représentant des propriétaires de ce masque: elles lui parlaient et réalisaient ses vœux. Il leur demandait de la pluie sur ses champs - ou pas -, et les statuettes votives* des propriétaires du masque répondaient aux attentes de Dimbo : il a toujours obtenu ce qu'il demandait.
C'est Coulibaly Yézuma Raphaël, de Bondoukuy, qui vous dit qu'autrefois les hommes étaient pieux. Ils respectaient les coutumes, les gnilé de l'herbe et de la terre et les masques. Alors, dans ces temps anciens, il pleuvait quand il devait pleuvoir. La brousse et l'herbe ne délaissaient pas les fidèles qui honoraient leurs génies. Aujourd'hui qu'ils ne respectent plus les traditions et la parole des anciens, les pluies se font rares. Et c'est donc tristement, en constatant que tout change, que Coulibaly Yézuma Raphaël laisse cette légende où il l'a trouvée : dans la terre de Bondoukuy, en pays bwamu*.
Le masque de fibres dans Petits contes des savanes du Burkina Faso, Bernard Germain Lacombe, coll. La Légende des Mondes, dir. Isabelle Cadoré, Anne Pouget, Ed. L' Harmattan, Paris, Montréal, 2003, p. 25-27.
Site horizon.documentation.ird.fr, consulté le 4 février 2026 : https://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/divers17-12/010031586.pdf
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