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Histoire de Konon le gris-gris

C'est Tiéhoulé, « Homme Rouge », qui a rapporté le génie Konon de la brousse où il vivait, pour le déposer à Bondoukuy. Voici son histoire.

Une femme allait en brousse chercher des noix de karité. C'était tôt le matin ; il ne faisait pas encore jour. Elle trouva un bel arbre avec plein de fruits et laissa son panier au pied. L'arbre était très grand et elle ne pouvait pas y grimper, elle devait se contenter de ramasser les fruits tombés à terre. Quand elle eut ramassé les noix et rempli son panier, elle vit qu'à côté était un autre karité, plus petit avec des branches basses qui lui permettraient de monter cueillir de beaux fruits. Comme son panier était très grand, elle voulut achever de le remplir avec d'autres fruits bien mûrs. Elle alla donc à l'autre arbre. Quand elle revint, son panier était vidé! On l'avait renversé et redressé: tous les fruits étaient à terre et, à leur place, était un gris-gris ! C'était Konon. Sans se démonter*, la femme renversa le fétiche par terre et reprit ses noix. Elle remplit son panier. Alors qu'elle arrangeait son mouchoir pour poser son panier sur la tête, Konon vida le panier et reprit sa place. Calmement, la femme rejeta le gris-gris et reprit ses noix. Elle prit seulement la précaution de s'écarter de l'arbre avec son panier et rentra chez elle.

Peu de temps après son départ, vint un homme qui portait un canari de terre : il cherchait des termitières* pour nourrir ses poussins. C'était Tiéhoulé, homme très dévot et respectueux des gnilé qui peuplent la brousse, ces génies qui, quand on les honore, protègent les hommes et les bêtes, assurent la fécondité de la terre et la santé du bétail. Et si Tiéhoulé cherchait ainsi des termites c'était bien parce qu'il faut avoir beaucoup de poulets à sacrifier aux fétiches. Pour que les relations entre les hommes et les génies s'établissent, les hommes doivent régulièrement leur rendre hommage, les honorer et les prier et leur dédier des sacrifices.

Il posa sa poterie sous le même karité que la femme précédemment et s'éloigna chercher une termitière. Quand il l'eut trouvée, il la rapporta et la mit dans son canari. Comme il restait de la place, il repartit en chercher une autre. Quand il revint avec une autre motte pleine de termites, la première termitière était à terre et Konon le gris-gris avait pris sa place dans la marmite de terre. Tiéhoulé comprit: il prit respectueusement la poterie et retourna au village. Il construisit une case pour y placer le fétiche qui, une fois installé, lui dit :

- Je suis Konon et te remercie de m'avoir compris, mais une femme m'a négligé, alors, dis bien aux femmes, à toutes, qu'aucune d'entre elles ne doit me voir, sinon elle en mourra.

Quand Tiéhoulé mourut, Konon vint à ses funérailles, auxquelles il assista de bout en bout ; les femmes qui le virent en moururent.

C'est seulement depuis que Konon est venu s'installer à Bondoukuy que les femmes ne peuvent le voir : autrefois, quand il résidait à Dognogona, au Mali, elles pouvaient le regarder sans mourir et même en recevoir des bénédictions.

C'est parce qu'une femme a refusé d'honorer Konon que les Bwaba qui le respectent particulièrement ont leur propre chambre et ne dorment jamais chez leurs femmes, car ils les disent trop indiscrètes et trop négligentes.

C'est Couhbaly y ézwna Raphaël qui a dit ce conte et vous le laisse. Il s'en retourne chez lui à Bondoukuy, en pays bwaba.

Histoire de Konon le gris-gris dans Petits contes des savanes du Burkina Faso, Bernard Germain Lacombe, coll. La Légende des Mondes, dir. Isabelle Cadoré, Anne Pouget, Ed. L' Harmattan, Paris, Montréal, 2003, p. 43-45.

Site horizon.documentation.ird.fr, consulté le 4 février 2026 :  https://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/divers17-12/010031586.pdf

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