Des poils de girafe

Il y avait une femme, une Peule au teint clair, belle - comme toi. Elle dit qu'un homme, s'il l'aimait (1), devait venir la demander en mariage (2).

Elle répondrait non, sauf à celui qui lui apporterait les poils d'une girafe - autrefois, on les mettait autour du cou. N'est-ce pas que de tels poils existaient ? Elle ne répondrait oui qu'à celui qui lui apporterait les poils d'une girafe princesse.

Quelqu'un vint, elle ne l'aimait pas (3). Quelqu'un d'autre vint, elle n'en voulait pas non plus.

Un homme avait quitté le village puisqu'il était chasseur, il était en brousse, il y vivait avec toute sa suite. Des animaux abondaient à l'endroit où il s'était installé.

Il vint et demanda la femme en mariage. Il lui dit :

"Marions-nous. Si Dieu le veut, je t'apporterai ce que tu demandes."

Il l'épousa. Ils partirent et vécurent ensemble pendant quelques temps. plus. Il lui demande :

"Pile-moi du mil."

Elle pila du mil grillé et le lui mit dans un sac. Il le prit ainsi que sa petite calebasse. Il se leva pour partir et lui dit :

"Que Dieu te garde, attention aux animaux sauvages." Son nom était Jam (4). Le nom de la femme était Jam.

Il s'en alla. Loin dans la brousse il y avait des girafes, elles venaient boire dans une mare. Il enleva les fibres d'un barkehi (5), les enroula solidement autour de son corps tout entier, seuls restaient les yeux. Il vint s'allonger au milieu du chemin, il se mit au travers. Les girafes passaient par là pour boire. Une grande girafe vint et s'arrêta :

Quelqu'un de vivant s'envelopper de fibres

kunum num num num num ?

Un mort se coucher sous un tel soleil kunum nulm num num num ?

Lui le mange n'arrive pas à destination

kunum num num num num !

Il le laisse ne le retrouve pas

kunum nurn num nurn num !

Elle disait dans sa chanson que si elles le mangeaient, elles n'arriveraient pas à leur destination pour boire mais, si elles le laissaient, elles ne le retrouveraient pas. Elles poursuivirent leur chemin. La femme avait dit à propos des poils de girafe qu'elle voulait ceux d'une girafe princesse.

D'autres arrivèrent, tout un grand troupeau :

Un mort s'envelopper de ces fibres

kunum num num num num ?

Quelqu'un de vivant se coucher sous un tel

kunum num nurn num num ?

Qui le mange n'arrive pas à destination

kunum num num num nurn !

Qui le laisse ne le retrouve pas

kunum nurn num num num

Elles poursuivirent leur chemin.

La girafe princesse était en train de venir, elle portait des grelots qui tintaient : wangangang, wangangang, wangangang, wangangang. Elle était toute seule ! Les premières, nombreuses, étaient déjà passées. D'autres, nombreuses également, allaient suivre. Elle s'approcha et s'arrêta :

Quelqu'un de vivant se coucher sous un tel soleil

kunum num num num num ?

Un mort s'envelopper de ces fibres

kunum nurn nurn nurn nurn ?

Qui le mange n'arrive pas à destination

kunum nurn nurn nurn num !

Qui le laisse ne le retrouve pas

kunum nurn nurn nurn num.

Elle avait avancé les pattes antérieures et était sur le point de soulever les pattes postérieures pour enjamber l'homme quand il se saisit de son couteau et coupa dans la queue, parap ! Il prit la fuite, et toutes les girafes, celles qui étaient déjà passées et celles qui devaient arriver, le poursuivirent pour le tuer. Il courut et l'échappa belle !

Il arriva dans un fossé, tomba d'épuisement, s'allongea, reprit son souffle et se reposa bien. Il pétrit son mil grillé et mangea, puis il but l'eau qu'il avait sur lui. Il enveloppa la queue, en fit un paquet et le porta sur la tête. Il faisait déjà nuit quand il arriva chez lui. La femme s'était retirée et dormait.

Il s'approcha de la porte. La femme l'avait fermée et barricadée à cause ds animaux sauvages. Il arriva à la porte et l'entrebâilla, mais il était impossible d'ouvrir. Il dit :

Jam, ma femme chérie, Liikoo Banii (6)

Jam, les poils de la grande girafe

Réveille-toi en paix, femme

Ouvre-moi que j'entre.

Silence. La femme dormait. 

Jam, ma femme chérie, Liikoo Banii

Jam, les poils de la grande girafe

Réveille-toi en paix, femme

Ouvre-moi que j'entre.

Elle l'entendit dans son sommeil.

Jam, ma femme chérie, Liikoo Banii

Jam, les poils de la grande girafe

Réveille-toi en paix, femme

Ouvre-moi que j'entre.

La femme se leva d'un bond, s'accroupit et attisa le feu, des flammes jaillirent.

Jam, ma femme chérie, Liikoo Banii

Jam, les poils de la grande girafe

Réveille-toi en paix, femme

Ouvre-moi que j'entre. 

Elle bondit vers la porte.

Jam, ma femme chérie, Liikoo Banii

Jam, les poils de la grande girafe

Réveille-toi en paix, femme

Ouvre-moi que j'entre.

Elle entrouvrit la porte.

Jam, ma femme chérie, Liikoo Banii

Jam, les poils de la grande girafe

Réveille-toi en paix, femme

Ouvre-moi que j'entre.

Elle ouvrit la porte et son mari entra. Elle prit de la nourriture et la lui donna. Il dit non, il ne mangerait pas.

La nuit passa, il fit jour. Dès la première lueur, elle se leva, balaya la maison, fit la vaisselle, prépara la nourriture et la bouillie, chauffa de l'eau et l'apporta au bain. Son mari se réveilla. Voilà de la pâte de mil, voilà de la bouillie. Il passait toute la matinée à manger et à boire.

Il lui demanda :

"Va chercher l'objet de notre contrat (7)." 

Elle alla et souleva le paquet qui contenait les poils de girafe. Elle l'apporta. Chaque morceau qu'elle y coupait devenait de l'or. Chaque morceau qu'elle y coupait devenait de l'argent. Chaque morceau qu'elle y coupait devenait de l'or. Tu entends ? Des rois apprirent cela. Ils envoyaient changer des vaches contre l'or. Un cheval contre l'or. Un esclave contre l'or. C'est ainsi que son mari devint roi (8). C'était l'abondance.

1-8) Cf. notes de l'autrice disponibles à l'adresse suivante :

 https://horizon.documentation.ird.fr/exl-php/util/documents/accede_document.php?1770569423925, p. 98-104.

Des poils de girafe (conte n°2) dans « Le mariage heureux et le mariage malheureux à travers quatre contes peuls du Nord Cameroun », Ursula Baumgardt, Universitat Bayreuth (R.F.A.), Actes du IVe Colloque Mega-Tchad, Paris, ORSTOM Editions, 1991, p. 98-104.

Site horizon.documentation.ird.fr, consulté le 8 février 2026 : https://horizon.documentation.ird.fr/exl-php/util/documents/accede_document.php?1770569423925

                                                                              

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